Des millions de stambouliotes
lundi 4 juillet 2011
Généralement, je déteste les grandes villes. Mon guide de voyage m'indique qu'officiellement 13 millions (officieusement 16 millions) d'âmes occupent Istanbul. Mon pronostic tend évidemment vers le négatif et me pousse à m'attendre au pire — des mauvais souvenirs de Saigon me viennent en tête. Cependant, même à l'ère affirmée des mégapoles et centres d'affaires achalandés présents dans tous les pays, cette cité plus que millénaire semble n'avoir rien perdu de sa vibe antique. On s'y sent comme dans un gros village. Bien entendu, quelque gratte-ciels ici et là, mais tout de même regroupés loin de la vieille ville. Bref, je me demande où tous ces stambouliotes se cachent. La réponse, İstanbul elle est très vaste. Géographiquement, İstanbul jouit d'une position qui lui a été fort avantageuse tout au long de son existence. Elle est en effet la seule ville du monde à chevaucher 2 continents, l'Europe et l'Asie, traversée par le Bosphore, fleuve qui relie la Mer Noire à la Méditerranée. Cette position lui a littéralement servi de porte d'entrée à l'intérieur du continent asiatique, et par le fait-même, de point central de larges échanges commerciaux. Son histoire en témoigne: les empires byzantin, romain, ottoman s'y succèdent en y installant leur capitale. Elle fût donc nommée Babylone, Constantinople, et depuis 1930 seulement, İstanbul. Parmi son paysage, se côtoient mosquées, cathédrales, gare à architecture germanique et ruines antiques. La capitale historique de la Turquie (à défaut d'être celle politique) en a beaucoup à offrir à ses visiteurs avides de découvrir les vestiges de son passé historique et par le fait-même, s'ajouter aux millions (milliards?) d'habitants, visiteurs, marchands, conquérants et sultans à y avoir posé les pieds. Le pont Galata, plutôt modeste en architecture, a néanmoins la très symbolique tâche de relier les deux grandes parties de la ville. On le traverse tranquillement en prenant bien le temps d'observer le spectacle qui s'offre à nous, splendide dans la lumière de fin de journée. Des dizaines de pêcheurs sortent des petits poissons des eaux du Bosphore, avec comme toile de fond les mosquées dorées par le soleil qui reflètent sur les rives. Les quais sont animés d'une foule venue profiter de la vue mais aussi des multiples kiosques offrant objets divers ou des spécialités culinaires de rue, tout ça à bas prix. Mais c'est en continuant notre chemin vers le sud que l'on découvre les vraies aubaines d'İstanbul. Le Grand Bazaar couvre une immense superficie et est divisé en «quartiers» au secteurs spécifiques. Que ce soit les épices, les fameux Turkish Delight (cubes de gel et de pistaches ou autres noix, enduits de sucre à glacer), le thé aux pommes, ou bien l'or et les diamants, ou sinon les tissus, foulards, tapis et habits haute qualité, vous y trouverez sans doute votre compte. On y rencontre aussi une multitude de souvenirs emblématiques de la Turquie (the evil elle «nazar boncuğu»), des instruments de musique, des articles pour la maison, etc. Mais tous s'entendront pour dire que ce ne sont pas seulement ces items qui font le charme, mais un amalgame des couleurs, des odeurs, des textures, des goûts, des visages et de l'énergie un peu chaotique mélangée au fervent désir de poursuivre sa quête dans les méandres du grandiose Grand Bazaar. Nous avons séjourné chez un jeune stambouliote du nom de Cemal, rencontré via Couch Surfing. Non seulement il nous a hébergé pour 3 nuits, il nous aussi servi de guide à travers la ville, d'aide en langue turque 101 et de démonstrateur de coutumes et expériences gastronomiques typiquement locales (notamment les mezeler immanquablement accompagnés du rakı, forte boisson à l'anis). Tout ça doublé d'une générosité sans borne envers nous. Il en était à une de ses premières tentatives d'hébergement avec CS, et il est vraiment allé avec tout son coeur, ce qui a grandement contribué à rendre notre séjour à İstanbul plus que merveilleux. Décidément, je dois changer mon idée péjorative préconçue envers les mégapoles… J'adore İstanbul! Bon, je cesse de nourrir votre cerveau avec des mots, c’est le moment des images.
Kum Saati
jeudi 14 juillet 2011
On prend la route classique, celle que la plupart des voyageurs et touristes empruntent pour découvrir la Turquie, ou du moins, la côte Ouest qui longe la Méditerranée. Sur ces rives, on ne s'ennuie pas. Plusieurs fois nous avons été surpris de la réaction des Turcs qui ne s'attendaient pas à voir des Canadiens dans le coin. La Turquie est l'équivalent de notre Mexique pour les Européens en courtes vacances d'été. Par conséquent, on y retrouve en grand nombre: hôtels 5-étoiles, bateaux de croisière, charmantes terrasses et attractions touristiques. Nous savons que ce n'est pas du tout ce que nous cherchons, mais plutôt le contraire (respectivement): terrains de camping, bateaux de plongée sous-marine, petits bars locaux et lieux vierges de touristes! Il nous faudra donc jouer du coude pour dénicher ces perles rares, alors que la saison touristique vit son boom de départ. Première destination après la capitale culturelle et historique d'İstanbul, la petite île de Bozcaada.
BOZCAADA - 22 juin
Reconnue pour ses terres fertiles ainsi que son industrie du vin, Bozcaada est une île d'à peine 10 km de long au large de la grande ville de Çanakkale. Contrairement à cette dernière, l'île ne bourdonne pas au son des restos et bars donnant sur la mer. Le calme y règne, même en haute saison et même pendant un festival du vin! Le port, surplombé d'un château ayant passé à travers les siècles, est digne des plus belles cartes postales. Une description plus profonde est inutile, les photos parleront d'elles-mêmes. Nous choisissons de nous installer de l'autre côté de l'île, dans un charmant camping à quelques minutes de la plage. Les activités sont simples: baignade et relaxation au soleil. Le vent constant est grandement apprécié pour rester au frais, mais les rayons du soleil ne sont pas bernés pour autant et les coups de soleil apparaissent aussitôt… Pour décompresser en fin de soirée, vin et bonne compagnie turque.
SELÇUK - 26 juin
Nous nous déplaçons ensuite tout près de l'ancienne ville d'Éphèse aujourd'hui en ruines, à l'actuel Selçuk. Nous craquons pour une suggestion de notre Lonely Planet, le Atilla's Getaway, un resort pour backpackers, avec une forte influence australienne. En effet, le proprio mi-turc et mi-australien semble vouloir recréer ces endroits où les jeunes voyageurs s'échouent trop souvent en montant la côte Est à partir de Sydney. Piscine, mini-bar, repas inclus, musique et staff festifs… sans oublier la palissade qui empêche de voir le paysage autour, et peut-être aussi d'envisager des plans extérieurs! Bref, on ne se sent pas du tout en Turquie. Nous y passons tout de même un bon moment de détente, et trouvons un peu de nature tout juste à côté. Le coucher de soleil sur la vallée est superbe du haut du petit mont voisin, et son ascension prend environ 1 heure 15 minutes. De là-haut, nous pouvons voir les ruines d'Éphèse, considérées comme les mieux conservés parmi tant d'autres en Turquie. Le lendemain, une courte exploration des vestiges d'une église (là où, apparemment, aurait été enterré St-Jean, oui oui, celui de la Bible) nous dissuade pourtant de poursuivre notre visite des ruines. C'est peut-être parce que je n'y voyais aucun attrait en comparaison avec, par exemple, les magnifiques temples d'Angkor au Cambodge, ni au niveau historique, ni dans le potentiel photographique. Nous «skippons» donc les aqueducs, l'amphithéâtre, la maison de la Sainte Vierge (apparemment) et bien d'autres. À défaut du passé inanimé, nous optons pour le présent bien en vie. Une visite de la ville, des goûts (Yumurtali pide, une pizza turque au oeufs et viandes émincées) et odeurs qu'elle a à nous offrir. Nous rencontrons ensuite Marco, tenancier d'un kiosque de tapis, foulards et divers broderies et tissages. Il nous parle grandement de sa ville natale (Van, dans l'Est du pays) et nous indique même le camping de son beau-frère qui saura bien nous accueillir lors de notre passage, tout ça autour d’un thé, bien sûr. Voilà ce que nous cherchions! Contrairement à Any, j'en suis à ma première expérience de hitch-hiking, ou «faire du pouce», si vous préférez. Nous n'avons que 150 km à parcourir entre Selçuk et Bodrum, mais la ride nous prendra un bon 5 heures, avec pas moins de 5 différents véhicules, un maximum d'attente en bord de route de 30 minutes et une seule petite intervention de la Jendarma (police militaire)…
BODRUM - 29 juin
Vous cherchez le calme, le repos, la détente? Eh bien, ne venez surtout pas à Bodrum! C'est littéralement le Beach Club de la Turquie, avec son ruban de 500 m de large qui longe la côte, bien rempli de bars et de night-clubs, où la musique boum boum cesse vers 4h du matin, et recommence après quelques heures de répit seulement. Curieusement nous avons trouvé un camping en plein milieu de tout ce cauchemar auditif, entre la plage et la rue où se déroule les festivités (Any s'est équipée de bouchons pour les oreilles). Pendant que plusieurs y trouvent leur compte (notamment un grand nombre touristes Anglais, reconnaissables grâce à leur bronzage londonien), nous nous baladons dans le port, très charmant, je l'admet. S'y rencontrent un grand nombre de yachts et voiliers de luxe, ainsi les restaurants et cafés chics accueillent les équipages qui discutent gaiement de leur dernière sortie en mer autour d'un plat européen au prix conséquent. Un château, qui se visite en près de 2 heures, veille sur le port et sur les milliers de vacanciers qui défilent dans les rues bordées de boutiques en tout genre. Une petite péninsule qui sépare les deux baies de Bodrum semble dénudée de vie, avec seulement quelques moulins à vent en ruine aux allures fantomatiques la surplombant. Un tour d'horizon fait succéder les villas et hôtels richissimes, mats de voiliers, ruines et forteresses. On se bouche les oreilles et tout est parfait! L'amie de longue date à Any, la très charmante Jessica, vient nous y rejoindre, pour passer quelques jours de ses vacances avec nous. Nous partons tous les trois à bord d'un bateau de plongée pour tester les profondeurs des eaux méditerranéennes. Elle est bien chaude (l’eau), mais peu de chose à y voir. Nous visitons aussi une épave d'avion cargo encore plutôt intacte, mais encore une fois, peu de vie tout autour. Le plaisir y est tout de même, et le staff du bateau est loin d'être ennuyant. Merci à l'équipage du Deep Blue pour la belle journée!
FETHIYE - 1er juillet
Un autobus de nuit nous dépose à Fethiye vers 5h du matin. Pas l'idéal… On campe sur des bancs de parc pendant quelques heures pour compléter notre nuit de sommeil, et prenons ensuite un délicieux petit déjeuner, avant de partir découvrir la ville. Quoi faire ici? Étant dans une calme et vaste baie, on nous offre la visite touristique en bateau de la douzaine d'îles des environs, ou bien de la plongée. Cette option prend le dessus sur la première, bien entendu. Mais tout d'abord, nous découvrons Fethiye par les incontournables restaurants et boutiques de son centre. Nous dénichons le Duck Pond, où le poisson est préparé et servi à même votre table par le sosie de Johnny Depp, endroit parfait pour gâter Any qui célèbre ses 24 ans! Un repas exquis, et un service plus que sympathique, pour un prix très acceptable. Jessica nous laisse pour se rendre à la Vallée des Papillons (plus de description dans le prochain blog) et nous en profitons pour plonger de nouveau, avec le Proteus Dive Centre. Des tunnels et des cavernes à 30 mètres, très belle expérience. Mais encore une fois, rien à envier au Vietnam pour ce qui est de la faune et la flore sous-marine. Mais comme je le dis toujours, 50% du fun en plongée vient du simple fait d'être mouillé et de respirer sous l'eau; ce qui reste à voir et à découvrir, c'est du bonus! Any rejoint ensuite Jessica, et je passe 2 journées de plus à Fethiye, tout juste assez de temps pour rencontrer Mohammet, qui travaille de jour dans un restaurant que j'aime bien, et qui joue du saz, la guitare traditionnelle turque dans un bar le soir venu. J'ai tenté d'enregistrer sa performance en audio mais ma tentative a été vaine. Je me reprendrai! Quoi qu'il en soit, nous avons beaucoup parlé lui et moi autour d'une thé au restaurant, et il a grandement contribué à augmenter mon vocabulaire turc. Son anglais est en effet très minime, alors la conversation s'est donc fait en turc, dictionnaire en main! La langue n'est pas aussi difficile que je croyais et c'est en disant le moins de mots possible que la communication reste claire, quoiqu'elle comporte quand même ses difficultés grammaticale. Je poursuis les leçons, avec comme motivation la gentillesse des Turcs qui s'ouvrent à toute personne voulant en connaître plus sur leur culture et leur langue. Un simple Merhaba (bonjour) est souvent suffisant, imaginez donc leur réaction devant un Selam! Nasılsın? Bugün çok iyiyim, teşekkürler. İki büyük bira, lütfen! (Salut! Comment ça va? Aujourd'hui très bien, merci. Deux grosses bières, SVP!)… À ne pas manquer aussi à Fethiye, le petit village fantôme de Kayaköy se situant à seulement 8 kilomètres. Je m'y rend en autostop, pris en chemin par une charmante famille en vacances venue visiter les ruines. Les maisons de pierres ont été abandonnées en 1923, alors qu'un traité entre la Grèce et la Turquie aurait forcé des échanges de population — des Grecs chassé de la Turquie et vice-versa. Un tremblement de terre a fait effondrer la plupart des toits en 1957, mais certains restent intacts, notamment celui de l'Église. Je m'y promène pendant plus de 3 heures, jusqu'au coucher de soleil, caméra et trépied en main. Il est vraiment étrange de sentir que rien n'a changé depuis tant d'année, à part la nature qui reprend tranquillement du terrain. La forêt de la vallée franchie en effet les frontières externes du village, créant hors de tout doute un superbe sujet photographique. Je commence à pouvoir affirmer que j'aime Turquie. J'aime son paysage, sa langue, sa nourriture. Mais par-dessus tout, j'aime les Turcs et leur surprenante hospitalité. J'ai encore plusieurs semaines à l'explorer, et la côte Ouest m'a donné un excellent échantillonnage de ce que le pays a à me faire découvrir. C'est avec de très beaux souvenirs qui s'installent déjà dans ma mémoire et avec excitation que je poursuis mon chemin vers la Vallée des Papillons. La suite, dans le prochain blog.
Kelebekler Vadisi
mardi 19 juillet 2011
Vous avez vu le film The Beach? Un endroit éloigné et difficilement atteignable, auto-suffisant, en harmonie et en total respect avec la nature, où l'on mène une vie simple. Et aussi, pour le bonheur de ses occupants, une toile de fond paradisiaque et avec les meilleures conditions et températures possibles… Bien entendu, un tel jardin d'Eden ne peut exister de nos jours, car il finirait par être infesté de touristes curieux et envahisseurs, bien malgré eux. Mais ici, en Turquie, certaines personnes ont travaillé fort pour qu'un petit coin de paradis subsiste, malgré le temps qui passe… C'est avec une évidente ironie que je vous dévoile cet endroit peu connu du tous: la Vallée des Papillons. Elle doit son nom (en turc: Kelebekler Vadisi) à l'impressionnante quantité et variété de papillons qui s'y trouvent, notamment le Jersey Tiger, plutôt rare. Une coopérative ayant plus d'une centaine de Turcs partenaires, avec comme motto le partage entre l'homme et la nature et comme dernier soucis de faire du profit. Située dans une vallée très prononcée, coincée entre deux immenses parois rocheuses, la plage n'est accessible que par bateau, ou, pour les téméraires, via un difficile sentier rocailleux vers le prochain village qui prend deux heures de marche (non conseillé sans équipement de randonnée et/ou d'escalade). Son emplacement joue fortement en faveur de la régulation de la population. En effet, personne n'y vit à 100% du temps, sauf peut-être certains administrateurs. La population augmente au maximum à 300 individus dans la haute saison, pas plus. La construction de bâtiment permanent y est interdite, si on exclut la vieille maison de pierre qui y est déjà depuis des années, aujourd’hui convertie en bibliothèque et centre de méditation. Seules quelques huttes et structures de bois servent pour accueillir les visiteurs, comme la réception, la cuisine, les bars, etc. Le choix numéro 1 pour se loger, une tente directement sur la plage. Pour un prix très raisonnable par jour, on voit prête une tente si vous en avez pas déjà (des bungalows sont aussi disponibles), vous avez accès au buffet 100% organique matin et soir, ainsi qu'à la plage, les kayaks, la superbe chute d'eau, la méditation, etc. Un léger supplément vous permet même de faire de l'escalade, de la plongée ou de vous détendre avec un bon massage. Il existe même l'option de faire du troc de vos services pour n'avoir rien à payer du tout pour vous loger ou vous nourrir, en travaillant sur le bateau, à la réception, aux cuisines, dans les champs... C'est ce qu'Any et moi avons fait. Any a trouvé sa place au Balık Evni, où sont préparés de délicieux plats de fruits de mer, comme cuisinière. Pour ma part, l'Instructeur du centre de plongée était bien content de ma présence dans la vallée, et j'en ai profité pour «travailler» quelques temps avec lui. Ibrahim m'a fait plonger avec ses clients moins expérimentés, servant de guide sous l'eau, même si je ne connaissais pas du tout les sites! Un peu de challenge, et bien du plaisir! Pour ce qui est de la plongée en soi, c'était comparable aux précédentes explorations en Turquie, mais je dois avouer qu'avec des retours répétitifs aux mêmes endroits, clients après clients, je commençais à bâtir une liste impressionnante des choses aperçues ici et là. Pieuvres, clipper lobsters, calmars, poisson-aiguilles, poisson-perroquets, triggerfish, etc… Mais la beauté dans tout ça, je plongeais plusieurs fois par jour, gratuitement! Ce genre de place attire un certain type de personne, que je qualifierais de très relaxe, et nous en avons rencontrer quelques uns. Deniz (nom masculin, ici) est sans doute le plus représentatif de ce groupe. Ça fait 3 ans qu'il est ici, offrant des massages et des cours d'escalade. Il respire la sagesse et est d'un très grand coeur. Deniz (qui veut dire océan) s'est fait un ami lors d'une de ses visites en ville dans les semaines précédentes: un bébé hibou. Il le garde en cage, le nourrit et l'aime. Il lui montre même à voler, en le faisant pratiquer sur la plage au bout d'une «laisse» de plusieurs mètres. Un jour, on est allé le libérer dans la nature, près de la chute au creux de la vallée. Regardez les photos... Parmi les autres échoués dans ce paradis terrestres, Joe l'Ozzy, Wally le Welsh et Alex le Utah-boy. Tous des personnages en soi, ils ont su nous faire profiter de notre temps dans la vallée, particulièrement de nos soirées au Rock Bar (qui est probablement le seul Rock Bar au monde a porter ce nom parce qu'il est en effet littéralement construit sur le rock). Bien d'autres charmantes personnes ont meublé notre séjour, voilà des noms: Savaş, Rıdvan, İbo, Abu, Ersin, etc. Merci à tous! Presque pas d'électricité, pas du tout d'internet, un job facile et plaisant en plongée, de la bonne compagnie, de la bonne bouffe bio, se réveiller au son des vagues, des couchers de soleil de plus en plus à couper le souffle, pas de stress, juste de l'entraide et de la simplicité... Quoi demander de plus? Rien. En résumé, on s'y sent vite chez soi, et quitter devient par le suite assez difficile. C'est précisément ce que je me dis alors que la dernière navette de la journée m'emporte sur les vagues vers Ölüdeniz, où le son des voitures et la plage remplie de baigneurs me rappellent que j'ai été hors de la civilisation pendant plus d'une semaine. Encore une fois, les photos parleront d'elles-mêmes.
Neden olmasin ?
jeudi 28 juillet 2011
En plein centre de l'Anatolie se trouve un endroit hors du commun. Un endroit où les forces de la Terre se sont prises pour des artistes sculpteurs, utilisant l'érosion pour révéler les différentes couches géologiques et leurs notables particularités. La nappe de basalt durci formant certains plateaux s'est laissée émietter au cour des âges par les pluies et les vents, mais pas autant que l'étage inférieur, beaucoup plus friable et vulnérable à ces dernières forces. En résulte donc une série de mesa et de cônes pointus, montrant divers couleurs de roches d'époques lointaines, créant ainsi un paysage surnaturel. Depuis les derniers siècles, la région de la Cappadoce a été habitée par plusieurs peuples successifs. Les Hittites auraient été les premiers à s'y installer, et à tirer profits des caractéristiques de la roche friable et des cônes érodés. D'innombrables «maisons» ont été façonnées à même le roc, parsemant le paysage de ce que l'on appelle aujourd'hui les cheminées de fée. D'ailleurs, la plupart des habitations, restaurants, hôtels, boutiques, temples/églises/mosquées et même forteresses sont creusés plutôt que bâtis de zéro. Mais le paysage digne d'une autre planète n'est pas la seule chose de spéciale. En effet, les environs de la ville de Göreme nous offre aussi ranchs et cowboys, camping dans les grottes, tours en montgolfières, musées en plein air, tours de chameaux, balade en moto, baignade dans une piscine, exploration de Rose et Red Valley, villes souterraines, marchands de tapis, kebabs cuits à l'ancienne dans des poteries et escapades dans la vallée en tracteur pour aller boire du rakı avec des musiciens traditionnels… Et bien entendu des gens incroyables. Encore une fois, je vous laisse nourrir votre imagination avec ces quelques mots, et les images viendront compléter le travail. Une petite idée de ce que ça ressemble, Rose Valley en 360 degrés.
Genç adam, git Dogu.
mardi 2 août 2011
Bon, on commence par le positif ou le négatif? ... En partant de la Roumanie, Any et moi cherchions à être dépaysés. Un peu contre nos attentes, la Turquie nous est apparue beaucoup plus «europisée» qu'on le croyait, dans l'ouest, du moins. L'est du pays, est par conséquent devenu notre deuxième chance de faire face au changement. D'après les voyageurs rencontrés ainsi que notre guide de voyage, on allait en avoir pour notre argent, du dépaysement. En effet. Mais plus ou moins de la manière à laquelle on s'attendait. Dans l'est, il manque plusieurs choses (au pluriel) pour rendre le voyage appréciable. Appréciable, ici, est synonyme de «minimum d'apports positifs servant à contre-balancer les éventuels et inévitables penchants négatifs». Voilà donc une courte liste de ce qu'il manque: d'autres voyageurs, des étendues d'eau, de l'alcool, la santé (chaleur intense + aliment mal conservé = système digestif récalcitrant), de la nourriture (à cause du Ramadan (je ne suis pas musulman)), et la moindre présence féminine. Je m'attarde un peu sur le dernier item de cette liste qui reste incomplète. Ici, les hommes sont partout, ils sont dans les rues, dans les commerces, ils conduisent les autobus, ils vous servent votre nourriture, ils travaillent fort, ils relaxent à l'ombre, ils sont des jeunes en vélo, ils sont des vieux qui boivent le thé, ils vous parlent, ils rient en vous voyant, ils vous demandent maladroitement «Where are you doing?», ils vendent à pression des mouchoirs ou des briquets, ils sont PARTOUT! Et les femmes? À la maison. On ne le voit pas du tout. Et quand on les voit, elles sont voilées et effacées. Résultat: à vivre sur la planète Homme, votre copine devient vite l'attraction numéro 1 lorsque vous marchez dans la rue, subtilité en option (surtout si elle est non-voilée et, en bonus, tatouée). Parfois agaçant. Mais même lorsque que vous passez par-dessus cette réaction tout à fait compréhensible, il reste un trou énorme non-comblé: il n'y a pas de femmes! Elles sont partout en Asie, mais pas ici! La religion à pointer du doigt? Peut-être pas autant que les valeurs machistes et discriminatoires qu'elle peut véhiculer à travers les générations de familles du Moyen-Orient (la Turquie ne doit être qu'un pâle échantillon des possibles démonstrations de rabaissement de la femme vis-à-vis ses voisins plus à l'est encore). Bref, comme le dit Any, il manque le Yin du Yan. Ne nous arrêtons tout de même pas à ça. Je fais de mon mieux pour vous rapporter mes sentiments lors de mes voyages, peu importe les nature. Je ne peux passer par-dessus les moins envieux, mais restez à l'écoute, il y en a tout de même tout plein de plus exaltants!
GAZI ANTEP - 21 juillet
Pas grand chose à dire à propos de cette grande ville. Nous y sommes restés à peine 24 heures, juste assez pour goûter à son attrait principal; les baklavas, réputés meilleurs au pays. Plus tard, je me suis fait contre-comfirmer cette rumeur, Gazi Antep n'étant en fait que le siège d'un grand nombre de commerces vendant les fameuses sucreries au miel et aux pistaches. La compétition a dû amener quelque chose de bien à l'industrie, poussant les concernés à fournir en qualité, mais la réputation ne tient plus aujourd'hui, alors que la qualité est remplacée par la quantité. Nous avons testé le plus ancien fabricant dont le comptoir avait des airs aseptisés, quasi-resto à la chaîne, et nous nous sommes en effet régalés! Cependant, de tout aussi bons baklavas vous attendent dans les villes voisines, offerts dans des établissements probablement plus traditionnels en apparence…
SANLIURFA - 22 juillet
Ville beaucoup plus spirituelle que la précédente, Urfa (son surnom) est considérée comme étant la porte d'entrée de l'Est, là où se sent réellement au Moyen-Orient. Premièrement, nous nous retrouvons seuls voyageurs en vue, confirmant le petit flot touristique du coin. Dans les rues circulent les hommes portant le pantalon et le chapeau traditionnels, tout en jouant avec leur collier porte-bonheur. Les enfants nous bombardent de «Hello!» et les invitations des vendeurs fusent de partout nous incitant à venir tester leurs marchandises. Le coin de la ville à explorer est assez petit, et nous ne mettons que 20 minutes à parcourir la distance entre l'hôtel et le fameux lac aux carpes sacrées (Balıkli Göl). Ces poissons sont grassement nourris par les visiteurs et touristes turcs avec une moulée spéciale achetée sur place. On dit que quiconque tenterait de les attraper tomberait aveugle. La ville est en fait remplie de croyances et de mythes du genre. C'est ici que, selon les Écrits, le prophète Abraham (İbrahim), jugé pour avoir renié les anciens dieux, aurait été sauvé du bûcher par Dieu en personne, qui aurait transformer le feu en eau et le bois en poisson, et du même coup aurait fait subir un énorme saut dans le airs à Abraham. Grâce à un vaste rosier, se trouvant encore aujourd'hui près du lac aux carpes, Abraham aurait amorti sa chute, le sauvant d'une mort certaine. C'est aussi au pied du petit sommet sur lequel avait été installé le bûcher, que se trouve la grotte où aurait grandi ce même prophète. L'eau qui en coule est considérée sacrée, et c'est elle qui alimente le lac, expliquant l'importance de ses habitants! Outre les lieux mythiques, Urfa possède une intéressante culture des plaisirs de la vie. La gastronomie semble posséder quelques atouts pour les passionnés. Je dis «semble» car nous n'avons pu goûter qu'à un seul met avant que notre estomac ne requière une alimentation plus stricte… Dommage, nous nous aurions sûrement régalés! Impressionnants, les anciens Konuk Evi (salons ottomans) sont toujours en fonction pour recevoir les Sıra Geceleri, soirées dansantes traditionnelles, où la musique et le buffet sont appréciés dans des salles douillettes appelées Şark. C'est d'ailleurs dans une de ces salles que nous avons séjourné pendant notre séjour. Harran se trouve à quelques kilomètres au sud de Urfa, et à encore moins de distance de la frontière avec la Syrie. J'ai oublié de souligner à quel point la température est élevée à Urfa. Eh bien, à Harran, c'est pire. Cependant, le tour en chameau et l'atmosphère relax nous font oublier les désagréments calorifiques… Certains m'ont peut-être déjà entendu parler de Göbekli Tepe. Ce temple découvert récemment a été proclamé plus vieux lieu sacré de tous les temps, dépassant les pyramides égyptiennes de plusieurs milliers d'années quant à leur construction. J'ai eu la chance d'être tombé sur des documentaires traitant des mystères (qui? pourquoi? et surtout, comment???) derrière cette structure et d'autres semblables autour du monde et Göbekli Tepe est sans doute d'une importance capitale pour nous aider à remplir les trous dans notre histoire ancienne. Pour vous donner une idée, prenez le déjà monumentale Stonehenge en Angleterre et placez une vingtaine de ces cercles de pierres au sommet d'une colline. De ces derniers, seulement quatre ont été mis à jour, les autres restants ensevelis sous des tonnes de sables et de roche. Les raisons de l'ensevelissement reste inconnues, mais c'est ce qui a permis aux structures de se préserver des intempéries pendant près de 12000 ans! Je pourrais élaborer pendant des heures sur ce sujet… Faites des courtes recherches sur Wikipédia et sur YouTube pour plus d'informations, c'est passionnant! Bref, ce temple se situe à une petite distance de Urfa, et je ne pouvais faire tout se chemin sans aller le voir mes propres yeux. Il a donc fallu se prendre un taxi au tarif exorbitant jusqu'au site, mais la visite en a valu la peine.
NEMRUT - 28 juillet
La santé n'est pas à son meilleur, mais nous décidons tout de même de bouger de la ville pour un peu de nature et d'air frais. Le Mont Nemrut est considéré comme un excellent site de randonnée. De notre camping, il faut marcher les 12 km d'ascension aride qui nous séparent du sommet. Cependant, la manque d'énergie nous influence et nous trichons (en faisant de l'autostop) pour n'avoir qu'à marcher le dernier kilomètre, tout de même bien assez rude pour m'écraser de fatigue! En retour, le coucher de soleil en vaut le prix. En effet, on le contemple en compagnie de divinités du passé: d'énormes statues représentant Zeus, Apollo, Hercules et leur semblables, dont les têtes tombées sont alignées devant leur corps respectifs. On y trouve aussi un énorme tumulus de roches artificiellement créé, couvrant le sommet du mont ainsi que la supposée tombe du roi Antioch. La scène est mystérieuse, d'autant plus que qu'elle se déroule à 2500 mètres d'altitude, et que le vaste horizon ne dévoile aucun signe de vie tout autour.
VAN - 30 juillet
Souvent vantée par nombre de ses habitants de par le pays entier, Van nous accrochait à son hameçon. On nous a dit qu'il y avait tant à faire. En fait, la ville en soi n'a rien de vraiment intéressant, à part son petit quartier réputé pour ses déjeuners (testé un seul matin, le Ramadan commençait le lendemain…). Il faut parcourir quelques kilomètres en-dehors de ses limites pour aller visiter Kedi Evi (enclos contenant des chats aux gènes spéciaux qui confèrent à certains d'entre eux un oeil bleu et l'autre jaune, ainsi que, curieusement, un certain plaisir à la nage…) ou l'impressionnant château qui surplombe la rive du lac Van, le plus grand au pays. Belle rencontre aussi avec quelques hommes bien nantis (des architectes et des ingénieurs) qui nous ont invités pour un festin ainsi qu'une session de natation dans le lac, tout frais payés, à bord de leur BMW sport de l'année! L'hospitalité turque nous surprendra toujours. *Pause* Il vous est déjà arrivé de vous réveiller un matin et de tout remettre vos plans en question? Any et moi voulions explorer l'Est, aller plus loin, peut-être même traverser la frontière arménienne et géorgienne… mais après une courte discussion forte en révélations, nous nous sommes rendu compte que nous voulions tout à fait le contraire! «On retourne dans l'Ouest. On était bien, là!» Le premier bus qui quitte Van nous emmène, souriants de notre choix résultant de l'écoute de notre feeling plutôt que de suivre nos plans établis. Nous arrivons ensuite à…
BATMAN - 1er août
Eh oui, à Batman! Aucun rapport avec le superhéros, malheureusement. Le guide de voyage n'en parle même pas, et une courte recherche sur internet nous apprend que la seule chose à y faire comme attraction touristique est de prendre des photos des pancartes de signalisation… Nous avons pourtant la chance de faire des belles rencontres à l'otogar, où nous devons passer la nuit puisque tous transports vers les autres villes sont arrêtés à notre arrivée. Nous campons donc sur un bout de verdure près du stationnement des autobus pour nous éviter de payer taxi et hôtel en ville. Ce n'est pas la première fois qu'on se fait réveiller par la police, de tout façon.
HASANKEYF - 2 août
Nous laissons nos sacs à Batman (hi hi!…) et partons vers un must de l'Est, qui ne sera plus possible de visiter dans quelques années. En effet, la charmante et splendide ville de Hasankeyf se verra engloutie sous 70 mètres d'eau d'ici peu. Oui, oui, SOIXANTE-DIX MÈTRES D'EAU. Autre résultat de la construction abusive de barrages en Turquie, à rajouter à la destruction du patrimoine, à la déportation de populations et à l'assèchement des pays voisins. La municipalité est bordée par le fleuve Tigre et cernée par des falaises abruptes. Au sommet de ces dernières sont juchées de nombreuses habitations abandonnées, rappelant les grottes de Kapadokya. Nous nous rendons au sommet, de peines et de misères, la chaleur étant accablante. On nous informe plus tard qu'il faisait plus de 50 degrés, chaleur un peu trop intense pour se rendre au sommet d'une colline aride au zénith… Nous survivons et passons le reste de l'après-midi à boire le thé et à se faire arroser les pieds d'eau froide (méthode efficace pour se rafraîchir par un tel temps) en compagnie d'un brillant prof de math. Son anglais (et notre turc) est suffisant pour qu'on s'échange des groupes musicaux et quelques concepts de physique et de mathématique… On fait de l'autostop pour retourner à Batman (hé hé!…), embarqués par un homme et sa petite fille dans leur camionnette ultra chargée de marchandises (Any tenait une balance électronique sur ses genoux). On passe ensuite quelques heures dans l'otogar, temps plus que nécessaire pour que notre première bad luck de notre voyage nous tombe dessus. Le iPhone à Any a disparu, alors que nous l'avions laissé, branché à mon laptop sur un siège du bureau de la compagnie de bus, pour aller manger un morceau à 15 mètres de distance, pendant à peine 10 minutes… Le personnel de la compagnie a été plus qu'aidant pour tenter de trouver le voleur, mais en bout de ligne, les caméras de sécurité n'ont rien capté. Aucun signe de vie du malfaiteur, qui a dû disparaître dans la brume avec une jouet plutôt cher, dont l'utilisation est bloquée en territoire turque, de tout manière! Quoi qu'il en soit, nous partons en autobus pour traverser le pays au complet vers l'ouest. Au revoir Türkiye Doğu (Tuquie de l'est). Nous sommes venus, nous avons vu, et quittons un peu déçus, mais avec notre curiosité assouvie. Petit conseil à toi: tu aurais fort intérêt à plus dévoiler (mot bien choisi ici) tes trésors. Certains opteront pour le message plus direct suivant: «Ça manque de femmes icite!»